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6. Traitement

6.1 Critères d’évaluation

Pour pouvoir évaluer l’état des appareils, la qualité des applications et la qualification du personnel, nous avons rendu visite à toutes les équipes d’intervention avec l’équipe d’entretien et le technicien Monsieur Ahmed Salem et nous avons effectué les activités suivantes avec le prospecteur respectif, le chauffeur et les assistants :

– explications sur le fonctionnement des appareils,

– vérification du bon fonctionnement des appareils montés sur véhicule et des pulvérisateurs à main Micro-ULVA,

– questions et constatations concernant les défauts des appareils ,

– questions et discussion sur les modalités d’application et le réglage des appareils durant les opérations précédentes,

– calculs des paramètres d’application pour le calibrage des appareils et vérification de l’adéquation de ces réglages aux modalités de traitement,

- calibrage en commun des débits pour des applications de 0,5 et 1 litre par hectare et des largeurs d’andains différentes,

– tests de pulvérisation pour vérifier la vitesse, la largeur des applications, ainsi que la taille et la répartition des gouttelettes projetées,

– exercices sur l’évaluation des résultats de l’application, avec calculs correspondants et adaptation des paramètres d’application.

6.2 Pulvérisateurs, état, entretien

Les six équipes d’intervention avaient chacune à leur disposition un pulvérisateur monté sur véhicule et 3 à 5 pulvérisateurs à main Micro-ULVA. Cinq équipes avaient un pulvérisateur Martignani, modèle Phantom B-748 équipé d’un moteur diesel de 16 CV. Une des équipes avait remplacé un pulvérisateur Phantom ne fonctionnant pas correctement par un pulvérisateur Micronair AU8110 avec moteur à essence. Le pulvérisateur Phantom a été ensuite donné à la sixième équipe d’intervention. Ces deux types d’appareil sont munis de ventilateurs.

Le pulvérisateur Phantom convient aux exigences du traitement en ultra bas volume (UBV/ULV) jusqu’au traitement à haut volume (HV) pour des applications de 1 à 600 litres par hectare. Le Micronair AU8110 a par contre été conçu uniquement pour les traitement en UBV. Les modalités d’application étaient de 0,5 l/ha pour le traitement des larves et de 1 l/ha pour celui des essaims.

La pulvérisation est obtenue sur le pulvérisateur Phantom par le flux d’air induit par le ventilateur, tandis que sur le Micronair AU8110 le ventilateur sert à faire tourner une cage rotative qui pulvérise les gouttelettes de liquide. La vitesse de rotation est ajustable en modifiant l’angle des pales des hélices, ce qui permet aussi de modifier la taille des gouttelettes.

Avec le pulvérisateur Phantom, le transport des gouttelettes s’effectue par canon à inclinaison variable de 240° permettant d’obtenir différents angles de projection des gouttelettes (horizontal-vertical-horizontal). Dans le Micronair AU8110, les gouttelettes sont entraînées uniquement par dérive.

6.2.1. État des appareils

Pulvérisateurs Phantom : Les appareils étaient en service depuis le printemps 1994. Soit ils n’avaient jamais été révisés depuis de façon conforme, soit les pièces de rechange employées n’étaient pas d’origine. Aucun des appareils n’était en parfait état de marche : sur certains il manquait des buses ou des joints d’origine pour la pompe à insecticide, sur trois appareils le manomètre ne fonctionnait plus, les tuyaux assurant le transport de l’insecticide entre la buse et le tableau de commande dans la cabine de pilotage du véhicule n’était pas résistant contre les formulations UBV des insecticides et devaient être constamment échangés contre des tuyaux de fabrication locale. Des fuites de pesticides dans les cabines se sont ainsi produites à plusieurs reprises. Il manquait des courroies de transmission pour les ventilateurs et les pompes, les tuyaux d’amenée vers la pompe étaient usés à la jonction avec le filtre et ne permettaient plus un raccordement absolument étanche à l’air, de sorte que les pompes devaient être purgées pour en évacuer l’air avant et pendant les applications de manière à ce que le débit au niveau des buses puisse être constant.

Micronair AU8110 : Il s’agit d’un nouveau type d’appareil qui doit être encore testé. Il y a eu des problèmes avec le manomètre, mais celui-ci n’était en fait que bouché, comme d’ailleurs le filtre dans la conduite. Il n’a pas été nécessaire de purger constamment la pompe comme dans le cas des pulvérisateurs Phantom.

Pulvérisateurs Micro-ULVA à main : Certaines équipes n’avaient pas suffisamment protégés les appareils lors des transports et ceux-ci avaient été endommagés. Le remplacement des appareils ne pose pas de problèmes. Certaines équipes n’avaient pas deux buses différentes, mais seulement une seule.

6.2.2. Maintenance et réparations

La maintenance et l’entretien régulier des pulvérisateurs sont le fait du chauffeur et de l’opérateur. Certaines équipes prenaient grand soin de leurs appareils, d’autres moins. L’équipe d’entretien n’était pas toujours disponible et n’avait pas suffisamment d’outils et de pièces détachées d’origine. Les pièces de rechange acquises localement n’étaient pas toujours adéquates.

La question de la responsabilité des commandes de pièces de rechange par le Centre de lutte antiacridienne n’est pas claire. Lorsque la campagne est achevée, les appareils sont entreposés en plein air ou sous un hangar ouvert, souvent sans avoir été nettoyés et sans que leur état de fonctionnement ait été vérifié.

Il n’existe pas de technicien/ingénieur qui ait la responsabilité des réparations des appareils, du contrôle de l’état de fonctionnement et de la constatation des besoins en réparation, qui dispose d’un atelier avec assistants, de stock de pièces de rechange, de listes de pièces de rechange et de notices d’emploi, qui se charge des commandes de pièces de rechange et qui puisse travailler de façon indépendante en concertation avec la direction du Centre. Ce poste n’est pas encore pourvu. Monsieur Ahmed Salem qui avait été formé à ces tâches et qui dispose de nombreux documents, n’a pas de fonction de responsabilité.

Il conviendra de veiller à ce que les équipes d’intervention soient dotées de véhicules et de pulvérisateurs correctement révisés et soient approvisionnés en pièces permettant d’effectuer l’entretien régulier des véhicules et appareils afin que ceux-ci puissent être utilisés pendant toute une campagne sans grosses réparations. Il importe bien entendu que le chauffeur et le personnel auxiliaire soient suffisamment qualifiés et soient bien encadrés par le chef d’équipe.

 

6.3 Personnels affectés aux opérations de lutte

Lors de la remise des pulvérisateurs aux équipes d’intervention au début de la campagne, aucune instruction ne leur est donnée par du personnel spécialisé. Manquent notamment un examen en commun de l’état de fonctionnement des appareils, des instructions pour leur entretien, des explications sur le fonctionnement et le réglage des appareils, une remise de notices d’emploi, de listes de pièces de rechange, de données de calibrage, etc.

Par ailleurs, il faudrait que les prospecteurs, voire les chefs d’équipe, aient la responsabilité du bon fonctionnement des appareils, de leur réglage et veillent au respect des modalités d’application. Ils devraient contrôler les appareils, surveiller le travail des personnels et donner les instructions appropriées.

Certains chefs d’équipe ont toutefois déjà fait preuve d’esprit d’initiative et se sont intéressés à l’entretien, au calibrage et au réglage des appareils ainsi qu’à l’application correcte des insecticides. Ceci s’applique en particulier au prospecteur de l’équipe E2, Monsieur Sidi Camara. Il s’était documenté sur la technique des appareils et sur les méthodes d’application et gardait toujours à portée de main le « Précis de lutte antiacridienne - Les pulvérisations d’insecticides ».

D’autres chefs d’équipe se sont montrés également intéressés et bien informés : Monsieur Diallo Amadou s’occupait surtout du calibrage des appareils Micro-ULVA et l’avait amélioré. Parmi les chefs d’équipe bien informés, il faut citer également Messieurs Sy Moussa et Bady ould Oubeid. Sy Moussa serait très intéressé par une formation sur les techniques d’application des insecticides. Il souhaiterait être formé à Cranfield (International Centre for the Application of Pesticides, Cranfield, Bedford, UK) mais le centre n’existe plus.

 

La qualité de pulvérisation et d’application, ainsi que le débit des appareils n’avaient certainement jamais été vérifiés avant le début des opérations de lutte. Les équipes d’intervention n’avaient non seulement pas l’équipement requis pour vérifier par exemple le calibrage ou, après les traitements, la taille des gouttelettes et la densité de répartition, mais les connaissances suffisantes manquaient à certains chefs d’équipe.

Il est fort regrettable que les équipes ne disposaient pas de notices d’emploi, de listes de pièces détachées et de données de calibrage, ou bien que les notices d’emploi ne donnaient pas suffisamment de renseignements ou étaient rédigées en anglais. L’acheteur devrait exiger des notices d’emploi en français.

Le prospecteur/chef d’équipe devrait veiller à ce que toutes ces exigences soient satisfaites. Le chef de l’équipe E2, Monsieur Sidi Camara, peut ici également servir d’exemple. Il s’était procuré la notice d’emploi du Micronair AU8110 (elle était malheureusement en anglais et ne contenait aucune indication sur le réglage de la vitesse de rotation des atomiseurs et sur la taille correspondante des gouttelettes. Quelques pages manquaient) et du papier sensible pour évaluer la grosseur des gouttelettes, leur densité et leur répartition, ainsi que la qualité de la pulvérisation. L’appareil était rincé et nettoyé après chaque opération d’épandage.

Le bon état des appareils, leur entretien, le réglage et la qualité de l’application dépendent pour l’essentiel de l’esprit d’initiative et des connaissances du chef d’équipe. L’entretien des appareils et l’application ne peuvent être confiés uniquement à la responsabilité des chauffeurs et des personnels auxiliaires comme cela avait souvent été le cas antérieurement.

L’importance accordée par le Centre de lutte antiacridienne aux opérations de lutte sera déterminante. L’organisation de stages de formation de plusieurs jours ne suffit pas. La plupart des participants n’en tirent pas d’avantages durables, car les cours sont souvent trop théoriques et les participants trop nombreux pour que chacun puisse prendre part de manière satisfaisante aux exercices, aux calculs et aux discussions et assurer ensuite sur le terrain une mise en pratique sous instructions.

A cet égard, la visite des différentes équipes et l’examen en commun de toutes les activités a permis d’améliorer la compréhension et de rafraîchir les connaissances. Dans l’ensemble, l’effet en a été bénéfique.

 

6.4 Traitements et résultats

6.4.1 Conditions de traitement

Il convient de distinguer entre lutte contre les larves et lutte contre les essaims. Dans le premier cas, les applications peuvent être effectuées de manière ciblée s’il s’agit de bandes larvaires. Les bandes de petite taille peuvent être traités au moyen d’appareils à main Micro-ULVA. On peut utiliser des appareils montés sur véhicule pour traiter les bandes de grande taille si la direction du vent et de la dérive le permettent.

Dans la lutte contre les essaims, il importe de connaître l’étendue des aires de repos et le stade de développement des adultes. Les ailés immatures de couleur rose sont moins mobiles et doivent se nourrir abondamment avant de quitter le dortoir. Ils y restent donc plus longtemps, se réchauffent au soleil à partir de 9h00, se nourrissent ensuite environ de 10h00 à 11h30 heures avant de partir. Les biotopes préférés sont ceux à végétation de Panicum mûr qui offre en abondance des grains bien nourrissants. La localisation de ces zones est connue.

Les populations d’ailés roses peuvent être traitées jusqu’à 10h30, les meilleurs résultats étant probablement obtenus entre 8h00 et 10h00. Ensuite, les insectes se déplacent sur de courtes distances. Ils entrent ainsi bien en contact avec le nuage d’insecticide. Il conviendra toutefois de rassembler des informations plus détaillées sur ce point.

Quelques traitements ont été effectués dans l’obscurité à partir de 5h00. La largeur des passages doit ainsi être réduite à environ 40 m. De bons résultats ont pu être obtenus dans ce cas également lorsque les insectes n’ont pas été chassés par les opérations de traitement et sont bien entrés en contact avec l’insecticide. L’inconvénient de cette méthode est qu’il est difficile d’évaluer dans l’obscurité l’espacement de l’application et le mouvement des insectes.

La méthode est différente lorsqu’il s’agit d’ailés matures de couleur jaune dont le but principal est de trouver rapidement un site de ponte. Ces ailés ne doivent pas obligatoirement se nourrir avant de quitter le dortoir. Si les températures ne sont pas trop basses, le départ peut s’effectuer dès 8h00. Les insectes quittent immédiatement le dortoir lorsque les traitements sont déclenchés.

Les sites de repos s’étendaient sur des superficies de plusieurs kilomètres carrés. Un seul véhicule d’application ne saurait suffire surtout s’il ne s’agit pas d’ailés roses très jeunes. Après deux ou trois passages de pulvérisation, le site de repos se vide.

Des sites de ce type nécessitent soit des traitements aériens soit des traitements simultanés au moyen de plusieurs véhicules – se déplaçant ensemble ou à intervalles. Le nuage d’insecticide doit pouvoir dériver sur une longue distance et être composé si possible de gouttelettes très fines.

Le traitement d’essaims au sol dans les aires de repos pose des problèmes considérables et requiert des connaissances très poussées et une grande expérience.

 

6.4.2. Adéquation des appareils

Du fait de la grande ouverture des buses du pulvérisateur Phantom, du mauvais fonctionnement du réglage de la pression et du dimensionnement du réservoir d’insecticide de 600 litres prévu pour des opérations de grande envergure, on avait supposé qu’il n’était possible d’obtenir que des gouttelettes de grosse taille et une largeur d’application réduite.

Or les tests de pulvérisation ont montré que quelques appareils Phantom produisaient certes des gouttelettes de grosse à très grosse taille, mais qu’il était aussi possible d’obtenir des gouttelettes fines comparables à celles produites par le pulvérisateur Micronair AU8110.

Il est cependant apparu qu’il n’était possible d’obtenir des gouttelettes fines que si la pompe venait juste d’être purgée, que l’insecticide pouvait être réparti sur les cinq buses, que le moteur pouvait tourner à haut régime et que ce régime pouvait être transmis également au ventilateur par des courroies trapézoïdales bien tendues. Le débit était de 1 à 2 litres par minute. La taille des gouttelettes ne pouvait pas être modifiée par exemple en changeant les buses.

Aussitôt que de l’air avait pénétré dans la pompe, le débit se réduisait et les gouttelettes devenaient plus grosses. Il conviendra de vérifier si la pompe doit aussi être purgée lorsque l’appareil est en bon état. On pourra aussi se renseigner auprès du fabricant. Sur le modèle B-120, plus puissant, la pompe est auto-amorçante.

Si la révision est bien faite, les appareils Phantom peuvent former des gouttes fines qui sont projetées à la hauteur et dans la direction voulues par le canon orientable verticalement, ce qui permet une meilleure adaptation au type de traitement (contre des larves ou contre des essaims).

Dans le cas du Micronair AU8110, la grosseur des gouttelettes peut être modifiée en variant la vitesse de rotation de l’atomiseur rotatif par paliers.

Les deux types d’appareil permettent donc d’obtenir les tailles de gouttelettes requises dans la lutte antiacridienne. Toutefois, si pour la lutte contre les essaims, un jet extrêmement fin est requis, qui en plus doit dériver sur une grande distance, le pulvérisateur Phantom n’a pas de buse ULV centrale pour la pulvérisation très fine comme on la trouve sur le modèle B-120 équipé d’un moteur de 28,5 CV.

La hauteur maximale d’application du Micronair AU8110 n’est que de 3,50 m à 4,00 m en jet vertical. Le système du ventilateur orientable dont est équipé l’appareil Phantom permet d’atteindre des hauteurs d’application de 5 à 7 m et de traiter ainsi également des arbres. La hauteur d’application du Micronair ne peut pas non plus être modifiée en cours de pulvérisation comme c’est le cas pour l’appareil Phantom.

Recommandations pour les nouveaux appareils : Le Centre dispose de moyens pour acheter de nouveaux pulvérisateurs montés sur véhicule. Le Micronair AU8110 est un des appareils retenus pour la pulvérisation en dérive.

Pour la lutte contre les essaims et les applications plus ciblées, on recommandera l’utilisation de la version supérieure du pulvérisateur Phantom, le modèle B-120 équipé d’un moteur de 28,5 CV, de sept buses, dont une buse ULV centrale et d’une pompe auto-amorçante.

Il conviendra de vérifier si il est possible d’équiper les appareils Phantom utilisés actuellement d’une buse ULV et d’améliorer le maniement du canon pour empêcher ainsi les fuites de liquide insecticide dans la cabine. On vérifiera également si avec des tuyaux résistants aux insecticides, il ne sera plus nécessaire de purger constamment la pompe. Ces appareils pourraient être employés comme réserve en cas d’opérations de grande envergure.

Le mieux serait de demander à la représentation du constructeur au Maroc une présentation circonstanciée des deux appareils. Ceci permettrait également de s’entretenir sur les possibilités d’amélioration du maniement des appareils. Si ces exigences pouvaient être satisfaites, le pulvérisateur Phantom serait l’appareil à retenir en premier pour toutes les sortes d’application.

6.4.3. Données sur les traitements contre les essaims

Chacune des équipes d’intervention utilisait ses propres méthodes d’application. En ce qui concerne les pulvérisateurs Phantom, les observations suivantes ont pu être faites :

– variation du nombre des buses : les pulvérisations ont été réalisées avec une, deux, trois, quatre ou cinq buses, soit consciemment soit tout simplement parce que quelques buses ne fonctionnaient pas ou manquaient. Moins le nombre de buses employées était grand, plus la taille des gouttelettes augmentait.

– variation de l’espacement des passages et de la vitesse de marche : les espacements des passages devaient théoriquement avoir une largeur de 40 à 100 m (40, 50, 70, 80 ou 100 m). Il est toutefois difficile d’avoir des espacements réguliers. Comme les acridiens sont très mobiles, le véhicule les suit plus ou moins, même lorsqu’ils quittent le dortoir. Il importe que le débit prévu puisse être maintenu et que les gouttes soient fines pour être emportées par la dérive au vent. Pour des espacements de 40 à 50 m de large, la vitesse de marche supposée appropriée était de 7 à 8 km/heure et de 15 à 20 km/heure pour des espacements de 80 à 100 m. La plupart du temps le chauffeur roulait en première et réglait la vitesse au moyen de l’accélérateur. Il advenait qu’au lieu de rouler comme prévu à 10 km/h, le véhicule avançait à 5 km/h ou bien à 9-10 km/h au lieu de 7 km/h. Cela dépendait du chauffeur, des conditions de terrain, de la nature du sol et du comportement des criquets. Il n’est guère possible de régler exactement la vitesse de marche.

– variation du réglage des appareils, des débits et de la taille des gouttelettes : sur presque chaque appareil, le réglage du débit était différent. Ceci dépendait du bon fonctionnement du manomètre et de l’étanchéité du système de conduction du liquide. Nous avons pu constater que même si les appareils fonctionnaient relativement bien la dimension du nuage d’insecticide ne restait pas constante et avait tendance à diminuer, en raison notamment de l’air qui s’était introduit dans le système ou dans la pompe. Les analyses des applications ont montré que le spectre des gouttelettes était souvent plutôt grossier que fin.

– variation de l’angle de pulvérisation du canon et de la largeur d’application : les pulvérisations ont été réalisées avec un canon placé soit en position horizontale, soit formant un angle de 20 à 40° et même plus, soit en position verticale (90°). La position horizontale convient mieux aux largeurs de travail réduites. Les autres positions ont donné selon la vitesse du vent et la grosseur des gouttelettes des dérives pouvant atteindre 100 m et plus. Des dérives de 60 à 75 m peuvent être considérés comme obtenues dans tous les cas car on peut escompter des chevauchements des zones traitées. La longueur pouvant être traitée dépend de la position du ventilateur. Pour obtenir des longueurs de dérive de 100 m et plus, les gouttelettes doivent être fines, ce qui n’était pas le cas avec la plupart des appareils, voire des applications réalisées.

6.4.4. Qualité et efficacité des traitements

6.4.4.1. Traitement contre les essaims

Il est certes possible de lutter contre les essaims par un traitement systématique en couverture totale, mais cette technique n’a généralement pas été employée parce que les insectes se déplacent souvent ou s’envolent. Le véhicule ne pouvait suivre qu’une partie de l’essaim pour essayer de le remettre en contact avec l’insecticide. Dans ces conditions, il n’est guère possible d’obtenir des taux de mortalité supérieurs à 70 ou 80 %.

Des taux de mortalité relativement élevés ont pu être obtenus seulement lorsqu’il s’agissait de dortoirs comprenant une très forte proportion de jeunes ailés roses. Il s’agissait en partie de petits dortoirs, mais aussi de grands pouvant s’étendre jusqu’à 3 km de longueur.

Un tel dortoir géant de 900 ha a été par exemple traité de 7h00 à 9h00 du matin par trois véhicules opérant ensemble. Ils roulaient à 20 km à l’heure en étant séparés par un intervalle de 80 m. (La superficie traitée est toujours calculée d’après la quantité d’insecticide appliquée. La superficie du dortoir lui-même était probablement un peu plus petite). Chaque appareil avait un réglage différent et la quantité d’insecticide utilisé différait de l’un à l’autre. Il semble que le canon a toujours été en position horizontale.

Une mortalité élevée a pu être constatée sur la moitié du site dans toute sa longueur. Les contrôles effectués ont montré un taux de 10 à 700 cadavres d’ailés au m2, en moyenne 40 à 80 au m2 et une mortalité couvrant jusqu’à 10 km dans la zone d’envol des acridiens restants encore capables de voler. Un très bon résultat.

Sur les sites étendus, un envol massif se produisait pendant et surtout après les traitements. Cet envol pouvait durer jusqu’à 30 minutes et prenait de plus en plus d’extension plus l’éloignement grandissait. Les insectes contaminés restaient sur les lieux communs de prise de nourriture le long du parcours de vol de l’essaim ou bien tombaient de l’essaim en vol et mouraient. On a pu souvent trouver des cadavres d’insectes sur des distances pouvant aller jusqu’à 10 km. Toutefois le nombre de cadavres diminue avec la distance et l’extension de l’essaim. La superficie couverte par un essaim en l’espace d’une heure peut atteindre 30 à 50 km2. Il n’est plus possible d’enregistrer la quantité d’insectes mourant encore plus loin.

Un taux de mortalité élevé sur les aires de repos est toujours le signe d’un bon contact avec l’insecticide et peut faire escompter la mort d’encore plus d’insectes en dehors de ces sites, même après plusieurs jours.

6.4.4.2. Contrôle de l’efficacité des traitements

Pour pouvoir évaluer l’effet biocide des traitements il faut tout de suite suivre l’essaim pour connaître son parcours. 2 à 3 véhicules sont alors nécessaires si la superficie parcourue par l’essaim en vol est étendue ou bien si l’essaim se divise en plusieurs parties. Le comptage des insectes morts s’effectue en retournant ensuite vers le site de traitement.

Le taux de mortalité ne peut toutefois être calculé que si l’on connaît la population initiale du dortoir. Cette population ne peut être dénombrée par comptage étant donné que la localisation du dortoir n’est toujours faite que le soir et que les traitements commencent dès le lendemain matin. Force est donc de se contenter d’évaluations approximatives. Les comptages sont d’autant plus difficiles à réaliser faute de temps si les sites concernés s’étendent sur plusieurs centaines d’hectares. Une évaluation plus ou moins correcte des populations n’est possible que sur des sites peu étendus.

Des calculs approximatifs ont donné pour des sites où les résultats obtenus sont estimés comme bons des taux de mortalité allant jusqu’à 50-60 % et même au-dessus pour les très bons résultats. Il y a tout aussi bien eu des sites où la mortalité a été très faible. Les pourcentages indiqués ici ne sont toutefois aucunement fiables car les données sur les populations et la mortalité requises pour faire de tels calculs n’ont pas été recueillies de manière suffisamment sûre.

Un taux de mortalité trop faible est toujours la conséquence d’un contact insuffisant des acridiens avec les gouttelettes d’insecticide. Il n’est guère possible après coup d’en trouver la cause. Il faudrait pour cela connaître tous les détails de l’application, y compris les caractéristiques de la dérive du nuage d’insecticide et le comportement des criquets. Ceci présuppose une observation ciblée de la part du chef d’équipe, ainsi que le suivi de l’essaim après le traitement de même que l’étude de la mortalité sur le site et le long du trajet ou dans la zone survolée par l’essaim.

Pour ce faire, une grande expérience et, dans le cas de sites étendus, également beaucoup de temps sont nécessaires. Or les prospecteurs/chefs d’équipe n’en disposent pas, ce que l’on ne peut pas non plus attendre de la plupart des prospecteurs.

6.4.4.3. Encadrement des équipes d’intervention

En principe, l’encadrement des équipes d’intervention exigerait la constitution d’une équipe spécialisée qui se rendrait auprès des différentes équipes, effectuerait avec les prospecteurs diverses activités telles que l’étude de la population acridienne initiale, le réglage des appareils, les modalités des applications, l’examen du comportement des acridiens et le contrôle de l’effet biocide. Cette équipe consignerait les données recueillies, en ferait l’analyse, discuterait les résultats avec les équipes d’intervention et leur donnerait des conseils pour les traitements.

Les informations recueillies auprès des différentes équipes pourraient être transmises de l’une à l’autre et faire l’objet d’essais. À l’issue de la campagne, ces données pourraient, après avoir été traitées de manière appropriée, servir à la formation continue des personnels d’intervention, notamment aussi sur les appareils de pulvérisation, et être discutées avec eux. Des formations reposant sur la pratique des applications permettraient à tous les participants d’apporter leur propre expérience, de prendre part de manière productive aux discussions et seraient aussi le moyen de s’adresser à eux de façon ciblée.

Une formation interne permanente, pendant et après la campagne, qui ferait intervenir les intéressés eux-mêmes par le biais d’études et d’analyses effectuées en commun, ainsi que par l’échange d’expérience constitue une base essentielle pour le perfectionnement des personnels concernés et pour l’amélioration continue de la qualité et des performances des opérations d’intervention.

Une autre tâche pouvant être assumée par une telle équipe d’encadrement serait la collecte d’informations sur les modalités d’application pour tous les appareils utilisés afin de pouvoir

– fournir aux équipes d’intervention des informations pratiques utiles, telles que les débits correspondants à divers réglages d’appareils et à divers insecticides, les paramètres d’application pour différentes méthodes d’intervention (vitesse de marche, intervalles d’application, largeur des andains, caractéristiques de la dérive, hauteur des applications, angle d’application, etc.)

– donner aux équipes les instructions nécessaires au moment de la remise des pulvérisateurs.

Une telle équipe spécialisée en techniques d’application doit être également au fait des méthodes de traitements aériens (avion, hélicoptère), connaître entre autres les équipements de pulvérisation, le calibrage des appareils, le réglage de la finesse des pulvérisations et les principes de l’application en dérive. Elle doit pouvoir donner des instructions dans ces domaines, effectuer des contrôles durant et après le traitement et instruire les personnels des équipes aéroportées.

Pour le moment, les responsables du Centre de lutte antiacridienne estiment qu’il n’est nul besoin de personnel spécialisé pour les opérations de traitement aérien et qu’il suffirait que les avions soient équipés d’un ordinateur de bord avec écran de façon à pouvoir effectuer les passages parallèles. Or, bien d’autres facteurs sont à considérer pour que les traitements soient efficaces. On devrait de toute façon renoncer à un traitement en couverture totale pour la lutte contre les larves et la lutte contre les essaims dépend d’autres aspects qui requièrent encore des analyses approfondies. Une attention particulière doit être accordée aux traitements en barrière.

Le fait qu’il n’existe que des prospecteurs et pas encore de responsable pour les opérations de lutte (techniques d’application, pulvérisateurs et contrôle des résultats) montre que l’importance des mesures de lutte est sous-estimée.

6.4.5. Hélicoptère

L’hélicoptère (Bell Jet Ranger) mis à disposition par la FAO est entré en action à la mi-octobre contre les premiers gros essaims parce que le véhicule prévu pour traiter ces essaims était tombé en panne.

L’hélicoptère était équipé de deux petits atomiseurs rotatifs (AU 5000) avec pales d’hélice standard pour des applications de 0,5 l à l’hectare. 200 litres de Dursban 450 ont été pulvérisés en deux couvertures sur le premier dortoir qui s’étendait sur 1,5 km de long et 1,3 km de large sur un terrain mamelonné et comportait une population d’adultes mélangée avec une prépondérance d’ailés roses.

Bien qu’après la première couverture la plupart des acridiens étaient encore sur le site, se réchauffaient au soleil et qu’en fin de compte 1 litre d’insecticide à l’hectare avait été pulvérisé (l’hélicoptère avait parfois suivi des criquets qui s’échappaient), les résultats de l’opération ont été complètement insatisfaisants : une mortalité pratiquement nulle sur les lieux mêmes et une mortalité très faible dans les abords immédiats. Il convient d’ajouter qu’aucun véhicule n’avait suivi les acridiens qui s’étaient envolés en masse après la pulvérisation.

Les cadavres de criquets trouvés à proximité de l’aire de repos étaient pour la plupart ceux d’ailés jaunes qui probablement avaient eu un contact plus intense avec les gouttelettes que les autres insectes restés au sol en raison de leur plus grande activité de vol.

L’équipe concernée rechercha tout d’abord la cause du faible taux de mortalité dans l’insecticide. Au-dessus du deuxième site traité qui comportait presque exclusivement des ailés roses, l’hélicoptère a pu voler plus bas et effectuer en partie deux passages dans les essaims restés sur le site ou à proximité immédiate. Le taux de mortalité pour une superficie relativement grande était élevé : 10 à 100 cadavres au m2. Ces insectes avaient dû s’envoler au-dessous du nuage de pulvérisation et avoir eu un bon contact avec l’insecticide.

Afin d’améliorer les résultats, on a utilisé du fénitrothion 50 à la place du Dursban, deux atomiseurs rotatifs supplémentaires ont été installés et la dose d’application a été portée à 1 litre à l’hectare.

Le traitement de la prochaine grande aire de repos a certes permis de constater une meilleure mortalité après l’envol de 40 minutes dans les environs, mais une mortalité pratiquement nulle sur l’aire de repos elle-même. La pulvérisation avait été effectuée dans l’ensemble a une altitude trop élevée de sorte que peu de criquets avaient traversé le nuage d’insecticide. Le pilote ne connaissait pas non plus les dimensions exactes de ce site.

Le traitement d’essaims requiert une très bonne connaissance du réglage des équipements de pulvérisation et des modalités d’application en fonction des conditions régnantes :

– longueur de la rampe et position des atomiseurs rotatifs sur cette rampe afin d’obtenir une bonne répartition de l’insecticide pulvérisé,

– vitesse de rotation des atomiseurs et rapport avec la vitesse de vol, longueur et angle des pales de l’hélice,

– hauteur de vol, direction et espacement des passages de pulvérisation,

– moment adéquat pour traiter, température et stade de développement des ailés. Lors des traitements effectués,

– la direction de pulvérisation choisie n’a pas toujours été la meilleure,

– les gouttelettes n’étaient peut-être pas assez fines et la densité de gouttelettes au sol était trop faible,

- les atomiseurs avaient été fixés trop près les uns des autres, et ce sous le rotor de l’hélicoptère de sorte que la répartition de l’insecticide pulvérisé était insuffisante,

– les pulvérisations ont souvent été effectuées à des altitudes insuffisamment basses pour que les criquets qui s’envolent passent à travers le nuage d’insecticide et que suffisamment de gouttelettes se déposent au sol. Le pilote n’a pas forcément toutes les connaissances requises pour effectuer ce type d’opération. En général, il s’attend à recevoir des instructions. En 1993, une partie des pilotes recrutés n’avaient apparemment qu’une expérience limitée des traitements aériens. Même dans le cas de grandes organisations de lutte antiacridienne comme la DLCO en Afrique de l’Est qui disposent de pilotes confirmés, ceux-ci doivent recevoir les instructions ad hoc.

 

6.5 Vêtements de protection

Les vêtements de protection étaient entreposés à Ayoûn ce qui ne permettait pas une distribution rapide en cas de nécessité. De plus, ces vêtements n’étaient pas en nombre suffisant pour pouvoir en doter aussi l’équipe d’entretien. Les personnels des véhicules de pulvérisation étaient cependant suffisamment bien protégés, du moins le personnel permanent et les aides chargés de manœuvrer les pulvérisateurs et en contact avec les produits insecticides.

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